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 Le messianisme juif et l’actualité

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Neviya
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MessageSujet: Le messianisme juif et l’actualité   Lun 03 Déc 2007, 16:39

Voici un enseignement de Manitou concernant l'époque messianique et l'actualité. Ce maître analyse et décrit parfaitement la situation des juifs par rapport à leur terre et l'époque que nous vivons à la manière d'un visionnaire. Cet article apporte des répondes à de nombreuses questions que l'on se pose et l'on ne se pose pas. J'éspère qu'il encourageras nos lecteurs à se remetre en question, à prendre une décision quand à notre avenir en Israël, à lutter pour notre destin commun.



par Manitou, Rav Yehouda Léon Ashkénazi



Allocution publique de Manitou en français, lors de la conférence organisée par le Centre Yaïr et Atid LeIsrael à l’Hôtel Windmill à Jérusalem, avec la participation du professeur Benno Gross, sur le thème « le messianisme juif en relation avec la situation actuelle » Datée du 30 Shevat 5756 (20 Février 1996). Suite aux accords d’Oslo A entérinés en Septembre 1993 et aux accords d’Oslo B du début 1995. Le pouvoir est alors entre les mains du gouvernement Pérès, succédant à Rabin après son assassinat en Novembre 1995.
Les élections qui suivirent en Mai 1996 virent la montée de Binyamin Netanyahou au poste de Premier Ministre.


La très longue histoire de notre patrimoine si dense met en évidence une tension entre un optimisme irréversible à long terme et, à court terme, un désarroi indéniable.

Benno Gross précise que le désarroi procède de l’impression de se trouver devant une situation non seulement imprévue, mais radicalement contraire à ce qu’on pouvait prévoir. Devant cette situation tellement inattendue, les possibilités de réponse semblent manquer. L’espoir qui se réalisait en dépit de tout, après 2000 ans de patience et d’impatience, semble subitement déçu.



Les intellectuels de gauche du pays et de la diaspora se gargarisent de l’expression «l’ère post-sioniste» sans se rendre compte de la dynamite qu’ils manient avec ces mots assassins.



Avant la guerre des Six Jours, il fallait se féliciter que les prophéties du Talmud et du Zohar ne se soient pas réalisées. Après la Shoah, nous étions soulagés qu’il n’y ait eu «que» la Shoah. C’est là une affirmation énorme. Mais ce que le Talmud prévoit sur ce qui risquerait de se passer en Eretz Israël au moment du Retour est tellement plus apocalyptique, qu’il fallait vraiment faire des efforts pour étudier ces textes. Il fallait se féliciter de ce que l’Histoire- qui relève de la Providence, mais que nous faisons- n’ait pas pris ce chemin décrit dans le onzième chapitre de la Guemara Sanhédrin, le Péreq Héleq pages 97 a-b, 98 a-b.



Nous avons pris actuellement la voie négative alors qu’il semblait jusqu’à la guerre des Six Jours, que nous avions emprunté la voie positive. Positive, dans la mesure où, malgré toutes les difficultés- et elles étaient énormes- la réussite du Retour des Juifs de l’univers entier après 2000 ans a été inouïe, massive. Devant cette fulgurante mise sur pied d’un Etat qui subjuguait le monde entier, le Retour semblait être porté par une grâce de bonté, מידת החסד. Dieu nous souriait. Et subitement on perçoit le contraire, ,פנים זועפות un visage de colère.



L’identité



Des personnes de la Diaspora, ayant raté leur Alyah, imputent à Israël, avec des amalgames de mauvaise foi, des intentions imaginaires. Le problème est vraiment un problème de sionisme au sens messianique simple du Retour des Juifs de l’exil dans la patrie hébraïque. Il ne s’agit pas de la «Terre sainte» mais, de la «Terre enceinte» Non seulement, elle est enceinte des récoltes, mais elle porte la germination de la Nation hébraïque à partir du Rassemblement des Juifs rescapés.


On trouve parfois, dans des journaux juifs de diaspora, des placards invitant les Juifs de l’exil à venir faire un pèlerinage en «Terre sainte» Cela rappelle les pèlerinages chrétiens.



L’histoire d’Israël commence à Abraham, et notre Dieu, c’est celui des Pères et non le Dieu de Moïse. Moïse se réfère toujours au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et pas au Dieu de Moïse. C’est ainsi que le christianisme, négligeant cette évidence de la conscience hébraïque, a commencé à transformer l’histoire d’Israël et sa réalité en une sorte d’abstraction religieuse, spirituelle.


Très rapidement, un abîme s’est creusé entre les judéo-chrétiens et les Juifs de ce temps-là. C’est malheureusement ce genre d’abîme qui est en train de se creuser à l’intérieur du Peuple juif, entre nous, Juifs fidèles à la Tradition de ces trois critères indissociables: le Peuple, la Terre et la Thora- il faudrait préciser quel est l’ordre d’urgence aujourd’hui- et ceux qui ont finalement démissionné sur tel ou tel point:
- ceux qui sont fidèles à la Thora, mais qui en fin de compte n’entretiennent plus de solidarité avec le Peuple et la Terre ;
- ceux qui sont fidèles au Peuple, mais qui en fin de compte n’entretiennent plus de solidarité avec la Thora et avec la Terre ;

- ceux qui ne parlent que de Terre sans la Thora et sans le Peuple, mais qui finalement témoignent que leur attachement à la Terre était suspect parce qu’il y manquait les deux autres coordonnées essentielles.


Le Talmud et le Zohar également nous mettent en garde contre ces phénomènes. La situation que nous vivons y est désignée comme un risque.

Jusqu’à la guerre des Six Jours, je me félicitais qu’il ne s’agissait que d’un risque dans la sagesse de notre Mémoire. Depuis une dizaine d’années, on pouvait craindre d’être entré dans l’ère de ces textes. Même lorsque les partis de droite étaient au pouvoir, un fléchissement était perceptible dans la volonté de réaliser ce messianisme juif. Le Likoud, par omission, a ouvert la voie aux accords d’Oslo, parce qu’il n’a pas eu le courage de dire la vérité: cette Terre est nôtre et ne peut être ni la terre ni le pays de deux peuples ennemis. Même lorsque le Peuple juif veut faire la paix, l’autre reste l’ennemi.



Laissons de côté les analogies entre la situation que nous avons vécue à la veille et au début de la Guerre mondiale, pendant et immédiatement après la Shoah, et ce que nous vivons maintenant. C’est plus qu’une analogie. L’Histoire ne se répète jamais de la même manière, mais c’est la même Histoire. On ne peut qu’être frappé par la sagesse de diagnostic de nos Maîtres, dans la Tradition orale mise par écrit, qui est d’une aveuglante précision.



Messianisme national et messianisme universel


Le messianisme juif existe en deux dimensions, deux étapes, deux perspectives, deux niveaux.


L’un des niveaux est celui du messianisme national juif, dont le slogan est le rassemblement des exilés. A partir du moment où les exilés du Peuple d’Israël se rassemblent (les références foisonnent chez les prophètes et dans la tradition orale elle-même), le processus messianique commence. Il s’agit d’un très long processus de rassemblement des Juifs exilés pour reconstituer la Nation hébraïque qu’on appelle le messianisme du Mashia’h Ben Yossef, le messie fils de Joseph.



La Loi du Retour est en question dans les projets du gouvernement actuel, dans ceux du ministre Yossi Beilin de la gauche laïque militante, et dans les déclarations de l’écrivain A.B. Yehoshoua.



Dans Information Juive de ce mois-ci, on trouve tout un dossier sur cette inquiétude panique des Juifs de Diaspora: Israël va t’il nous lâcher ? Quel humour! Ils sont en plein désarroi. Et effectivement la question se pose déjà. L’Etat d’Israël n’est-il pas en train d’envisager de mettre en question la Loi du Retour ? Pas seulement pour faire plaisir aux Arabes qui ne cessent de le réclamer, mais parce qu’il y a précisément, chez ceux qui le préparent la mise en doute qu’il s’agit vraiment de l’Histoire du Peuple juif. Pour eux, il s’agirait de l’histoire d’une société de type cananéen d’origine juive qui se coupe de tout ce qui fait le patrimoine commun entre israéliens et juifs jusqu’à notre temps.



La première étape est donc le messianisme national, le sionisme au sens le plus simple du terme. Les Juifs, Peuple dispersé, indexé sur les peuples de cités étrangères, décident- peu importe les raisons secondes ou les raisons immédiates- de redevenir la Nation hébraïque. La mutation d’identité déclanchée par Herzl a été voulue, rêvée, de différentes manières, autres que celles décrites dans l’Etat juif. C’est un Etat des Juifs que voulait Herzl, mais c’est lui qui a catalysé cette mutation.



Une des premières fois où je menais un groupe d’étudiants français rendre visite au Rav Kook, pour étudier dans son petit bureau, il y avait sur le bahut la photographie des grands rabbins de sa familles. Impressionnant! Et au milieu, une photo un peu plus grande de Herzl. Un jour, surprenant mon regard interrogateur, il m’a fait lire avec sa prononciation ashkénaze le mot «Herzl»: HaRabbonim Zikhronom Livrokho! Tout ce qu’ils espéraient, Herzl est venu le réaliser. C’est là une anecdote très sérieuse, mais bien des Juifs de tous bords y sont imperméables.



L’origine de cette première étape remonte à la destruction du Royaume du Nord lors du schisme après le règne du Roi Salomon. Le Royaume du Nord- Royaume d’Israël- est appelé par les prophètes la Maison de Joseph- Beit Yossef – ou la Maison d’Ephraïm, du nom de la principale tribu des descendants de Joseph. Le Royaume du Sud- Royaume de Juda- avait pour capitale Jérusalem. C’est du Royaume du Sud que les Juifs procèdent dans leur identité judéenne.



Le mot «Juif» en français est la corruption du mot «judéen» Dans d’autres langues, il est très clair qu’il s’agit de Yehoudi au sens de «membre du Royaume de Juda»: en araméen, Yehoudaï ; en espagnol, Judio, du mot Yehoudi. En français, c’est devenu Juif. Les Juifs sont les Judéens.



Le messianisme des Judéens est cette espérance hébraïque de la fin des temps, d’un monde vivable tel que Dieu avait voulu le créer. Mais il nous a demandé de le fabriquer et de le mériter en le construisant. Au point de départ, bien et mal sont mêlés, mais le monde de l’espérance messianique est un monde du bien triomphant du mal. A ce messianisme hébraïque de la fin des temps de l’Histoire, est venu s’ajouter un messianisme nationaliste chez les judéens. Mais lorsque les Judéens ont voulu reconstituer la Nation hébraïque détruite, les dix tribus perdues du Royaume du Nord avaient disparu.



Ce très long processus messianique appelé Mashiah Ben Yossef, commence par le rassemblement des exilés et se poursuit avec le Mashiah Ben David.



Le deuxième messianisme à l’échelle universelle est la résurrection des morts, chose que nous ne pouvons ni comprendre, ni expliquer- pas plus que nous ne pouvions, avant 1948, comprendre ni expliquer comment les Juifs allaient se rassembler malgré l’opposition du monde entier. Et pourtant, c’est arrivé: nous sommes les contemporains de la réalisation d’un évènement inouï.



Lorsque j’étais enfant (je suis né en Algérie), notre langue était le judéo arabe, et on ne disait pas «aller en Palestine» ou «aller en Israël» ; on disait «aller à Jérusalem», tout en sachant que c’était un rêve. Lorsqu’on me demandait, dans ma famille, ce que je voulais faire quand je serai grand, je répondais naïvement : rabbin à Jérusalem. C’était de l’ordre du rêve! Et subitement cela arrive. Et comme c’est arrivé, on croit que c’est normal, que c’est facile, alors que c’était vraiment irréalisable. De même que nous ne savions pas comment le Mashiah Ben Yossef allait travailler : le Bon Dieu a décidé qu’il travaillerait avec l’Agence Juive!



Le Rav Hillel de Shklov, élève du Gaon de Vilna, précise dans son livre Kol Hator que, selon son maître, la fonction du Mashiah Ben Yossef est l’Alyah. Mais ce qui a provoqué l’Alyah, c’est le Sionisme fondateur de Herzl. Désormais, les problèmes sont tellement urgents, intenses et paroxysmiques, qu’il faut quitter le stade de la langue de bois et dire les choses en les appelant par leur nom : le Sionisme politique fondateur de notre Etat d’Israël, purement et simplement, réalise les objectifs du Mashiah Ben Yossef.



Depuis les élections de 1992, le Mashiah Ben Yossef est en question. Le fait qu’une telle politique et de telles décisions aient été prises à une seule voix de majorité (y compris les voix des députés arabes et les voix de deux transfuges de droite, achetés pour des ministères fantômes) est tellement énorme qu’il faut y voir un doigt de la Providence. C’est là quelque chose qui nous dépasse, apparemment nécessaire, qui nous coûte cher. Il faut savoir que la Tradition a prévu cette éventualité.



Un processus inéluctable



Un processus s’est déclenché avec le Rassemblement des exilés. C’est la réalité de ce rassemblement qui permet d’être optimiste à long terme. Pour le Juif croyant, si Dieu a commencé une mitsva après 2000 ans d’attente, on peut compter sur Lui jusqu’à la fin. Pour un croyant, c’est une certitude. Pour le Juif incroyant, mais qui croit en son histoire, le critère, c’est l’histoire. Le Rassemblement des exilés au bout de 2000 ans est un évènement tellement massif, qu’il est irréversible. Ce n’est ni Yossi Beilin, ni A.B. Yehoshoua qui vont remettre en question le Retour des Juifs dans leur patrie : les Juifs reviennent malgré eux.



Certes, certains Juifs, les pionniers, les haloutsim, ont d’eux-mêmes décidé de revenir. Ils étaient le fer de lance mais ils furent si peu nombreux! Si c’étaient les Juifs qui avaient décidé de revenir, on pourrait se dire qu’il s’agit de l’œuvre humaine de personnes qui ont une foi : l’espérance du Retour. Et en réalité, ce phénomène serait alors soumis aux aléas d’une œuvre humaine. Mais ce ne sont pas les Juifs (à l’exception des fondateurs) qui ont décidé de revenir. C’est malgré eux qu’ils sont revenus, ce qui signifie que c’est l’œuvre de Dieu. Pour reprendre le langage d’immanence des non-croyants, cela veut dire que l’Histoire du Peuple juif s’est mise en marche et c’est irréversible. Même pour un non-croyant, le Rassemblement des exilés est évidement le point de départ d’une aventure qui arrivera à terme. Il faut être mystique, au sens négatif du terme, pour croire que ce sont les juifs qui ont décidé ce Retour.

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Dernière édition par le Lun 03 Déc 2007, 17:33, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le messianisme juif et l’actualité   Lun 03 Déc 2007, 16:40

Il y a très longtemps, sur un bateau qui faisait route vers Israël (peut-être le Negba), avec un groupe d’étudiants, j’ai rencontré un aumônier qui accompagnait un groupe de pèlerins chrétiens et qui disait «Les promesses des prophètes se réalisent. Le désert refleurit, les exilés se rassemblent, mais pourquoi sont-ce des incroyants qui réalisent cela ?» Je lui ai répondu que c’est une calomnie ! Ces Juifs laïcs qui font le pays, qui ont fait le Sionisme, sont plus croyants que nous, car nous avons des raisons de croire, alors qu’eux n’ont même pas besoin de croire. Cela veut dire que leur foi est plus profonde que la nôtre !



Il faut bien comprendre que la foi des pionniers du Sionisme était beaucoup plus profonde que celle des croyants, puisqu’ils n’avaient pas l’aide de la foi. Leur foi était vraiment une foi et nous pouvons donc être tranquilles. Certes, les croyants ont aidé les laïcs, mais on ne peut pas dire qu’ils ont fondé l’Etat d’Israël. Si la recréation de l’Etat d’Israël était le fait des croyants, elle serait aléatoire. Mais ce n’est pas le cas : c’est Dieu qui est intervenu et l’on peut dès lors être tranquille. Quand Dieu se sert des incroyants pour faire l’Etat d’Israël, c’est plus sérieux que s’il se servait de l’Agoudat Israël !



Lorsqu’on me demandait si je pensais vraiment que c’est Teddy Kollek qu’on attendait pour construire Jérusalem, je répondais que, pour construire Jérusalem, on a besoin d’un architecte et pas d’un Rosh Yeshiva. Mais surtout d’un architecte qui ne se mêle pas de livres religieux, sinon il n’a pas le temps de faire son travail d’architecte. C’est ainsi que nous avons vécu la fondation du pays. Quels que soient les aléas, les hauts et les bas, le processus ira jusqu’au bout, aussi bien pour le croyant que pour l’incroyant.



La vérité bafouée



Bien sûr, nous avons prié et nous prions pour éviter le pire, mais le prix à payer, pour arriver au terme bienheureux de la réussite du projet messianique qui a commencé, risque d’être très lourd du fait de l’aveuglement, de l’inconscience qui atteint parfois le camp des sionistes religieux, y compris les rabbins eux-mêmes. C’est inquiétant. Il est sûr qu’on arrivera au bout finalement parce que le processus a commencé et qu’il est irréversible. Le prix à payer semble terrifiant. Peut-être entrons nous dans une ère où l’amour de la vérité, l’une des valeurs juives la plus forte et la plus profonde, est bafouée. Ce n’est même pas un manque de foi, c’est le règne du mensonge éhonté.



La Guemara Sanhédrin page 97a dit : «Il y a un temps où la vérité disparaîtra, sera néantisée, האמת נעדרת. Quelle est l’explication de ce texte ? מהי ותהי האמת נעדרת ? אמרי דבי רב, à l’école de Rav on enseigne : מלמד שנעשית עדרים עדרים והולכת לה. Cela nous apprend qu’elle se transforme en «troupeaux différents» et disparaît.



Il ne s’agit pas ici d’un jeu de mots, mais de quelque chose de très important. La vérité ne va pas disparaître magiquement, elle va devenir «des troupeaux différents» - עדרים עדרים.



Des troupeaux, chaque troupeau ayant son berger. C’est ce qu’on appelle les courants – זרמים – les tendances – שיטות. La Guemara est très claire : la vérité disparaît lorsque se multiplient les différentes tendances.



Nous sommes au cœur de ce problème. Il n’y a plus de repères, il y a des tendances. Selon l’une de ces tendances, on pourrait lire la Thora de manière différente, en ce qui concerne la Terre d’Israël, en fonction de l’option politique préalable du lecteur. Quel est alors le critère ? La Thora dirait ce que tel ou tel rabbin veut dire d’après ses options politiques ?! C’est le signe même qu’une des valeurs fondamentales – l’amour de la vérité – disparaît. Il faut s’en méfier parce que le vocabulaire et le langage sont piégés.



La Guemara est d’une extrême lucidité. Dans cette réalité qui nous trompe, on arrive à un inversement des critères. «Former des troupeaux», c’est se réduire à l’état de moutons. C’est souligner qu’on n’a plus de route ni de vrais bergers. Aujourd’hui, ce sont les troupeaux qui sont valorisés et non l’amour de la vérité.



Nous nous trouvons à une croisée des chemins : l’eschatologie bienheureuse, ou l’eschatologie catastrophique. Mon opinion personnelle, malgré mon tempérament optimiste incoercible, me fait craindre d’être dans la situation suivante : optimiste pour le long terme, mais très très très pessimiste pour le court terme.



Trois piliers : dans quel ordre ?



Pendant 2000 ans, on s’interrogeait de manière suivante : des trois critères, le Peuple, la Thora, la Terre- quel est le critère collectif, les deux autres concernant l’option individuelle ?



L’appartenance au Peuple a-t-elle la préséance sur la Thora et sur la Terre, deux options considérées comme individuelles ? Si l’appartenance au Peuple est garantie, l’essentiel est garanti. C’était l’une des stratégies de survie des Juifs.



Si la Thora est le critère de collectivité, ceux qui ne s’y relient pas seraient mis en dehors du Peuple juif, l’appartenance au Peuple ou l’appartenance à la Terre étant renvoyées à l’option individuelle.


Telles sont les deux options que nous avons vécues jusqu’à l’Etat d’Israël.

Pendant l’exil, nous devions lutter pour préserver le Peuple et la Thora. Personne n’a encore vraiment raconté cette histoire héroïque. Avec le monde entier contre lui, y compris certains Juifs, le Peuple juif se retrouve au bout de 2000 ans, existant. Nous sortons de la Shoah et de la grande crise de l’assimilation, ayant gagné la guerre pour la survie du Peuple. Cette bataille doit continuer à être menée, mais elle est déjà gagnée. Au bout de deux mille ans, alors que le monde entier a essayé de nous couper de notre Thora, nous revenons sur notre Terre, avec la Thora. Nous avons sauvé la Thora.


Pendant 2000 ans, nous avons été coupés de la Terre. Ce n’était pas le souci du jour. C’est maintenant de notre temps, que cette problématique doit être renouvelée. Quel est le problème le plus urgent ? Quel est le combat qu’il serait insensé de perdre ? Le combat pour la survie du Peuple doit se poursuivre. Il a été gagné, mais à quel prix ! La Thora n’est pas acquise une fois pour toute. Le combat pour le sauvetage de son patrimoine doit continuer, sérieusement afin que l’âme d’Israël – la Thora – soit préservée.



La lutte qu’il serait insensé de perdre – et c’est la première fois que le problème se pose à nous depuis 2000 ans – c’est le combat pour la Terre. Voilà dans quelle problématique j’envisage ce drame existentiel que nous sommes en train de vivre : une espérance totale et irréversible pour la fin du processus, mais surtout la crainte de ce qui se passe à court terme.


Que l’opinion électorale israélienne ait tellement changé après le rite païen des funérailles de Rabin est très inquiétant. D’où mon pessimisme.

(Ce n’est pas parce que Rabin a été assassiné que sa politique n’a pas été désastreuse. Sa politique était désastreuse.)



Ce cancer de désarroi touche précisément ceux qui devraient être les porte-parole de la vérité de la Thora.



Les causes profondes résident dans les motivations différentes de l’Alyah qui a créé le pays :
- Les sionistes politiques laïcs ont décidé de mettre fin au statut sociopolitique des Juifs de l’exil sans se préoccuper de judaïsme. La plupart du temps, ils rejettent le judaïsme comme ils rejettent les frontières historiques du pays. Nous subissons toujours les conséquences de cette prise de position des fondateurs du sionisme politique laïc. Mais c’est à lui qu’on doit l’Etat.
- Les sionistes religieux, eux, sont revenus en Israël pour redevenir Hébreux, pour être vraiment Juifs. C’est tout le contraire de la première motivation et aujourd’hui, ces contradictions se dévoilent.
- La troisième tendance est celle des harédim qui ne participent pas au projet sioniste, mais vivent en Eretz Israël grâce à l’Etat sioniste. Ils en contestent la légitimité religieuse tout en souhaitant vivre en «Terre sainte». Ils ont un poids de fléau dans la balance électorale, fléau dans son sens simple, chaque fois qu’il y a une élection déterminante.

- Enfin, il y a aussi beaucoup de Juifs qui sont là parce qu’ils sont là, sans motivation idéologique qui ressemble peu ou prou à quelque sionisme que ce soit, ni «d’avant sionisme», ni de «pendant sionisme», ni de «post sionisme». Ce sont des Juifs cosmopolites parlant hébreu. Ils ont actuellement le pouvoir et mettent en question le messianisme juif du sionisme.



Tout cela doit nous conforter à passer de l’inquiétude du temps présent à l’optimisme pour le long terme. Je connaissais ces textes avant d’avoir des enfants et cependant j’ai eu des enfants ! On peut donc connaître ces textes et avoir des enfants : c’est cela l’optimisme juif.



Question : Selon vous, le problème de la Terre est aujourd’hui le plus urgent. Quelle est votre opinion en ce qui concerne le Peuple ? Il a survécu et semble avoir surmonté les dangers physiques. Par contre, l’état de division entre religieux et laïcs, mais aussi, au sein des religieux, entre harédim et sionistes, et même entre sionistes, représente un danger interne. Ce mouvement autodestructeur semble menaçant. Ne pose t’il pas un problème plus urgent que celui de la Terre ou de la Thora ?



Rav Ashkénazi : Les divisions au sein du Peuple et les divisions à propos de la Thora concernent toute la Terre. Par conséquent, le problème essentiel, c’est vraiment Eretz Israël.



Intervention : L’histoire juive nous apprend que Dieu attend quelque chose de nous. J’ai l’impression que nous assistons passifs à tout ce qui se passe….. Les Rabbanims ne disent rien, le Peuple est là en spectateur.



Rav Ashkénazi : Nous sommes habitués à des attitudes de sensibilité religieuse qui risquent de fausser le diagnostic de ce que nous vivons. Car après 2000 ans de judaïsme d’exil, nous vivons quelque chose de nouveau. Nous vivons la confrontation avec la vérité de notre identité. Nous avons eu le privilège d’avoir une foi parfaite pendant ces 2000 ans d’exil parce qu’elle n’était pas confrontée à la réalité. Jusqu’à nos pères et nos grands pères, nos ancêtres avaient cette foi parfaite que le moment venu, nous reviendrons en Israël. Mais cela est démenti par la réalité. Le moment venu, les Juifs ne veulent pas venir.



C’est malgré nous que nous sommes là. Nous sommes venus ici à coup de pied au cœur. Sauf les pionniers, les méyassedim, les fondateurs. Quand au bout de 2000 ans, les nations du monde ont donné le feu vert au Foyer national juif avec la Déclaration Balfour, les Juifs de France ont réagi en revendiquant leur nationalité française. Pour eux, ce foyer ne concernait que les apatrides. Les Juifs britanniques, italiens etc. … eurent la même réaction qui d’ailleurs perdure.


Il faut souligner l’étonnement devant le fait que c’est malgré nous que tout cela nous a été donné.

C’est malgré nous que tout cela s’est fait et cela nous est imposé. C’est précisément parce que cela ne dépend pas de nous que je suis optimiste. Ce qui dépend de nous, c’est le prix à payer. A court terme, on ne peut que s’inquiéter des illusions de certains.



Les Juifs, auraient-ils subitement perdu leur intelligence ? Les arabes ne veulent pas la paix, ils veulent un état O.L.P., ce qui n’est pas exactement la même chose. Tout le monde le sait, y compris nos dirigeants. Nous savons très bien à qui nous avons à faire.



Il s’agit d’une question d’identité profonde. Cette crise d’identité se dévoile à propos de la Terre, beaucoup plus qu’à propos du Peuple ou qu’à propos de la Thora.



Nous avons été, nous, de cette génération de Juifs religieux qui fermions les yeux sur les Juifs non religieux en leur disant, en toute bonne foi, que d’après la Thora, ils sont aussi juifs que nous. Nous avons été de cette génération de Juifs non assimilés – ce n’était pas facile avant la guerre mondiale – qui fermions les yeux sur les assimilés en leur disant : vous êtes Juifs comme nous.



C’est maintenant que la crise d’identité se dévoile, qu’elle rend la situation impossible, précisément à cause de ceux qui mettent en question l’identité juive par rapport à l’intégrité d’Eretz Israël. Cette foi parfaite de l’époque où nous n’étions pas du tout confrontés à la réalité, est maintenant suspecte. Avons-nous vraiment cru à ce que nous avons dit croire pendant 2000 ans ? C’est le cas pour beaucoup, mais une part du Peuple juif, confronté au problème de la Terre, semble disqualifier sa prétendue foi à son identité.



La guerre que les arabes mèneront pour Jérusalem est la catastrophe annoncée par le Talmud et dans le Zohar.

Nous ne savons pas comment cela va se passer, pas plus que nous ne savions comment pouvait avoir lieu la libération de Jérusalem.

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MessageSujet: Re: Le messianisme juif et l’actualité   Lun 03 Déc 2007, 16:40

Une année au moment de Pessah, alors que nous nous trouvions chez le Rav Kook (ndlt : le Rav Tsvi Yehouda Ha Cohen Kook, le fils, décédé en 1982) pour étudier, il nous a amené sur la plus haute tour de la partie juive de la ville pour voir à la jumelle le site du Kotel et dire la prière de Pessah. Ce qu’on voyait à la jumelle, c’était l’horizon jordanien avec les chameaux, les autobus brinquebalants et les soldats jordaniens avec leurs casques à pointe allemands. Qui aurait dit que c’était à portée de la main ? C’était un rêve inaccessible et cela nous a été imposé.



Ceux qui ont vécu la Guerre des Six Jours se souviennent que tous les dirigeants de l’époque, Moshé Dayan en tête, attendaient un coup de téléphone des arabes pour savoir à qui rendre ces fameux territoires : le coup de téléphone n’est pas venu. Si Hussein n’avait pas attaqué en 1967, il serait encore aujourd’hui dans la Vieille Ville. Mais, en musulman pieux, Hussein a agi comme s’il voulait restituer Jérusalem aux Juifs ! Alors, il a attaqué. C’est une histoire invraisemblable !



L’héritage israélien que nous possédons nous a été imposé. Sauf pour les fondateurs, les pionniers qui, eux, ont créé avec leurs mains.



L’initiative de chaque fin d’exil vient des hommes, pas de Dieu. C’est ensuite Dieu qui confirme. Si les hommes méritent, cela se développe en bien ; s’ils ne méritent pas, il faut payer le prix et nous sommes à ce carrefour. Abraham donne le premier exemple de cette prise d’initiative. Il n’y a aucune trace que Dieu se révèle à Abraham pour lui demander d’aller au pays de Canaan. Il décide de quitter le pays d’exil et Dieu lui donne rendez-vous au Mont Moriah pour le sacrifice d’Isaac. Il se rend de lui-même au pays de Canaan parce qu’il sait que c’est sa patrie. De la même manière pour la sortie d’Egypte : Moïse l’a déclanchée et Dieu l’a confirmée.



Le Ben Ish Haï dit en clair dans une de ses préfaces : l’initiative, en matière de fin d’exil, vient des hommes et Dieu confirme.

Il faut être très précis à ce sujet : c’est à propos d’Eretz Israël que les crises d’identité des Juifs se dévoilent. C’est donc le problème le plus urgent. C’est parce que l’initiative est venue des hommes que les harédim ont entretenu une attitude de suspicion vis-à-vis du sionisme et c’est une erreur théologique de leur part. Ils ont affirmé que ce mouvement humain n’était pas cachère alors que c’est précisément cela qui est cachère. C’est là la grande différence entre les sionistes religieux et les harédim en ce qui concerne Eretz Israël. Il faut étudier les textes pour savoir qu’il en est bien ainsi. Il y a dix ou quinze ans, il était extrêmement difficile pour un rabbin orthodoxe d’afficher une attitude positive vis-à-vis du sionisme laïc. Mes propos ne proviennent pas de mes idées politiques mais des textes de la Thora.



C’est ainsi que se déroule l’époque du mashiah ben Yossef : l’histoire de Joseph en Egypte en est le modèle. Dès le début, il reconnaît ses frères, mais eux ne le reconnaissent pas. Ils le prennent pour un égyptien, un assimilé de la pire espèce qui a pris partie pour le Pharaon, «ki kamokah képhar’o» «car tu es l’égal de Pharaon»(Genèse XLIV, 18). A la fin de sa vie, on sait qu’il est Yossef Hatsadik, mais pendant toute sa vie il est le Juif assimilé, le Juif diasporique le plus assimilé. C’est cela l’époque du mashiah ben Yossef. C’est précisément Joseph, ce Juif le plus assimilé qui dira à ses frères : «viendra le temps où vous partirez, ramenez mes ossements avec vous» C’est effectivement du milieu des Juifs assimilés que le sionisme est apparu. Cette crise d’identité par rapport au Peuple ou par rapport à la Thora concerne bien la Terre.



Pour les harédim, Eretz Israël est la «terre sainte», que seul le Messie doit nous livrer. Ce n’est écrit nulle part et c’est une erreur théologique pure et simple. Il faut donc refaire toutes ces analyses, ces études pour retrouver la confiance que le processus historique que nous avons vécu est bien celui qui devait être. Précisément, on a buté sur le problème de la Terre qui dévoile l’insincérité des Juifs. Il suffit d’entendre tous ces alibis des Juifs qui veulent donner la Terre. Ils se racontent des mensonges et ces hommes aveuglés, des bandeaux sur les yeux, nous mènent à la catastrophe.



Avant la Shoah, avant la dernière guerre mondiale, l’Europe entière était Shalom akhshav «La Paix Maintenant»]. Résultat : 50 millions de morts, y compris la Shoah. J’ai peur d’une dynamique de l’aveuglement telle qu’on risque d’aller jusqu’au bout.



Nous ne sommes pas dans une réunion électorale où l’on donne des consignes de vote. Pour les textes, la seule réponse est la vérité. Il ne faut plus se camoufler derrière une langue de bois. On risque d’en arriver à ce que les Juifs laïcs qui sont contre Eretz Israël ne soient plus des Juifs, même laïcs ; que les rabbins harédim qui sont contre Eretz Israël ne soient plus des rabbins, même harédim. Nous sommes encore dans le temps où tous les Juifs sont Juifs. Même les Juifs enrhumés. A plus forte raison les autres. Mais c’est vers cela que nous risquons d’aller.



J’ai été élevé dans l’ambiance pluraliste que j’ai retrouvée dans le mouvement des Eclaireurs : tous les Juifs sont Juifs. C’est cela qui est en question aujourd’hui, et ce qui le met en question, c’est la Terre d’Israël.



Question : Si le Peuple juif est le tenant du vrai messianisme, il est aussi celui qui est capable de fabriquer des faux messianismes : le christianisme, le karaïsme, le sabbataïsme, etc. A l’encontre de Shalom akhshav, ne faudrait-il pas dénoncer toute la mise en scène construite autour de la politique du gouvernement actuel, amplifiée par les mass média comme un faux messianisme ?



Rav Ashkénazi : Les militants de base de Shalom akhshav en général sont francs et honnêtes. C’est au gouvernement qu’il y a des stratégies de mensonge. Un haut responsable a reconnu à propos du Golan qu’on a menti à Israël à la manière dont un médecin ment à un malade dont l’état est grave. Il faut lui mentir pour le sauver. Mais personne n’est dupe. Les gens de Shalom akhshav disent en clair qu’ils ne veulent plus faire la guerre aux arabes. Ils sont donc prêts à négocier aux conditions des arabes, et c’est ce qui se passe. Il faut renoncer à ce vocabulaire de demi-vérité. Un Juif, même s’il n’est pas un Juif de la Thora est un Juif. A quelle condition ? Un Juif, même vivant en diaspora est un Juif. A quelle condition ? Nous devons renouveler notre vocabulaire dans le sens de la franchise et de la vérité, parce que nous sommes tombés dans les pièges que nous avons nous-mêmes fabriqués. L’heure de vérité est arrivée. Encore une fois, cette heure de vérité était prévue dans les textes aussi. C’est Eretz Israël qui la déclenche. Emet meEretz titsma’h «La vérité germera de la Terre» (Psaumes LXXXV, 12) C’est une autre manière de lire le verset : c’est la Terre qui va nous obliger à dire la vérité. Je continue à considérer mes amis non religieux comme des Juifs à part entière. Peut-être, en réalité sont-ils entièrement à part ? Ayons le courage de se parler en clair.



Je considère qu’un Juif de diaspora est un Juif à part entière, mais à condition qu’il sache qu’il est dans l’erreur. Haïm Ben Betsalel, grand talmid Hakham (sage) quelque peu oublié dans l’ombre de son frère le Maharal de Prague, donne dans son livre, le Séfer Ha’Haïm, quatorze explications de la Galout (exil) dont l’une est très importante : nous avons été envoyés en exil pour savoir si vraiment nous considérons ce pays comme notre pays. Ne reviendront que ceux qui sont persuadés que ce pays est leur pays.



On nous a donné toutes les occasions de chercher ailleurs et, finalement, seuls ceux qui sont convaincus que ce pays est le leur sont revenus. Et c’est au moment où nous sommes revenus que l’interrogation s’est faite interrogatoire. Crois-tu vraiment que ce pays est le tien ?



Ytshak Navon (qui fut un grand président de l’Etat d’Israel à défaut d’avoir été un grand ministre) disait : «Ce pays est le nôtre. Nous avons des intérêts politiques à nous arranger avec les arabes, mais ce pays est le nôtre» Aujourd’hui, c’est le langage inverse qu’on entend : «Ce pays est le pays des arabes et c’est nous qui avons à nous justifier d’être là où nous sommes» C’est vraiment une interpellation d’identité très profonde.



L’assimilation est un problème très grave, surtout en diaspora, en Israël aussi d’ailleurs. Mais un Juif, même assimilé est un Juif, sauf lorsque la question de confiance se pose. Qu’est ce qu’un Juif même assimilé ? Est-il citoyen français ou citoyen du pays des Hébreux ? Quand il est citoyen du pays des Hébreux, considère-t-il que c’est la Palestine ou que c’est Eretz Israël ? Là est le vrai problème. D’ailleurs, beaucoup de non juifs attendent que la vérité soit dite et nous leur offrons actuellement un spectacle kafkaïen du Peuple de Dieu doutant de son identité.


Croyons-nous vraiment à ce que nous croyons depuis 2000 ans si, le moment venu, nous sommes prêts à brader le pays ? Le Rav Kook (ndlt : le Rav Abraham Ytshak Ha Cohen Kook, le père, décédé en 1935) dans son livre Orot, au chapitre Orot HaTe’hiya (paragraphe 44) a écrit un texte véritablement prophétique :

«Nous savons qu’une révolte contre l’esprit aura lieu en Eretz Israël. C’est au début de la restauration de la nation qu’elle apparaîtra. Une partie de la population jouissant d’une aisance matérielle se croira arrivée au but ultime, ce qui amoindrira son âme. «Alors viendrons des jours quand tu diras ne pas en avoir le désir» (Ecclésiaste XII, 2) L’exigence d’un idéal supérieur de sainteté disparaîtra et par là même l’esprit déclinera et sombrera jusqu’à ce qu’advienne une tempête qui mènera à une révolution»



Nous sommes précisément arrivés à ce déclin de l’esprit parce qu’on croit que, le but économique étant atteint, tout est atteint. On peut se demander si cette tempête, ce ne sont pas aussi ces comportements scandaleux à l’encontre des minorités juives en Israël : les yéménites, les marocains, les éthiopiens. Ces scandales là nous obligent à nous poser la question de l’unité du Peuple et de ce qu’en dit la Thora.



Qu’est ce que c’est cette unité du Peuple lorsqu’elle est mise en question à ce niveau là ? La tempête prévue par le Rav est peut-être le sursaut de moralité et la recherche de la vérité auxquels nous serons contraints.



«Alors il sera évident que la force d’Israël se trouve dans la sainteté immémoriale qui vient de la lumière de Dieu, et dans sa Thora dans l’émergence de la clarté spirituelle. C’est elle la véritable puissance qui parvient à vaincre les mondes et toutes leurs forces. L’inévitabilité de cette révolte contre l’esprit vient de la tendance à la matérialité qui naîtra inéluctablement dans la collectivité nationale sous une forme agressive. Cela provient du temps très long où ont disparu complètement la nécessité et la possibilité de s’adonner à la tâche matérielle. Lorsque cette tendance émergera, elle se manifestera avec une frénésie agressive et amènera des tempêtes. Ce seront là en vérité les tribulations du Messie qui submergeront le monde entier par les souffrances qu’elles entraîneront»



Que dit ici le Rav dans sa langue très particulière ? Dès qu’Israël sera fondé, il se produira une révolte contre les valeurs spirituelles, de la part de ceux qui, croyant, croyant le but économique atteint, estimeront que le but su sionisme est réalisé. Il se produira alors un déclin de tous les idéaux jusqu’à ce qu’une révolution survienne.



Les pionniers, les habitants des «territoires» (les mitna’halim) luttent pour la vérité. Mais le vrai combat, c’est ce qui se passe dans le pays.



Question : Mais n’est-ce pas pour la Terre qu’ils se battent ?


Rav Ashkénazi : Oui, c’est très bien, mais le pays est en train de se préparer à les abandonner. Nous avons tous des enfants en Judée, en Samarie et à Gaza, et ils ont déjà fait la preuve de leur héroïsme. C’est la sincérité du pays qui est en question concernant le lien avec sa Terre.
On est arrivé à démoniser les meilleurs des ‘Haloutsim (pionniers) de l’histoire d’Israël. Le problème ne se pose pas en termes de choix électoraux. Si vous ne savez pas pour qui voter, nous n’avons rien à vous dire. Le problème, c’est celui de la vérité mise en congé.

Il faut prendre conscience que ce qui est prévu par nos textes risque d’arriver et a déjà commencé. Certes, il y a dans la Bible des prophéties bienheureuses, où les prophètes voient les princes du monde portant les Juifs sur leurs épaules avec des offrandes d’or, d’argent et de myrte pour venir à Jérusalem remercier le Dieu d’Israël. Mais dans toutes ces sources, depuis la Bible, puis dans la Michna, la Guemara, le Midrash, au fur et à mesure que le temps s’écoule, les sources pessimistes sont plus nombreuses que les sources optimistes. Dernièrement, au niveau des évènements de la Shoah par exemple, nous n’avions que des sources pessimistes. Le ‘Hessed léAvraham, le Tomer Dévora, et le Em Habanim Seme’ha, tous ces livres décrivent ce qui risque d’arriver : la Shoah, l’inouï, mais qui s’est produit.


Le Talmud utilise trois termes pour décrire notre temps :
- Yemot Hamashia’h, les temps du Messie, le premier signe étant le rassemblement des exilés ;
- Mashia’h ben Yossef, le Messie fils de Joseph ;
- Mashia’h ben David, le Messie fils de David.

Le Talmud (Sanhédrin, 97) dit : «la génération où le ben David se dévoilera est une génération où la vérité sera cachée, où la sagesse des scribes sentira la pourriture» ‘חוכמת סופרים תסרח. C’est ce qui est en train de nous arriver. La sagesse des scribes commence à sentir le pourri. Si nos maîtres ont eu le courage de nous laisser ce message qui vient du fond des siècles, c’est qu’ils avaient diagnostiqué au sein de leur Peuple une tendance à la mise en question de son identité.



Et cela doit se dévoiler au moment du Retour à Sion. Voilà de quoi il s’agit dans ces textes. Nous avons le devoir et pas seulement le droit d’être d’un optimisme total : ce processus amorcé ira jusqu’au bout. A quel prix ? Cela, c’est mon pessimisme immédiat, ma génération ayant traversé toutes ces tempêtes.



Kissinger a reçu le prix Nobel pour la paix au Vietnam. Résultat de sa paix : d’innombrables victimes. «Victimes de la paix», comme on a dit de notre temps en Israël. Ce n’est pas la même chose, mais cela ressemble.


L’espérance messianique commence avec le premier homme ; elle ressurgit avec Abraham et elle ira jusqu’au bout. Dieu sait que nous avons traversé, nous, ces porteurs d’espérance. Mais le prix à payer, le prix de notre identité, c’est le pessimisme à court terme. On peut craindre d’avoir pris la voie qui mène à une guerre terrible avec le monde arabe, qui tient à ce que Jérusalem soit sa capitale. C’est là que nous serons acculés à dire qui nous sommes. Comme cette guerre est décrite dans le Zohar et que nous la gagnerons, je suis tranquille, mais encore une fois, à long terme.


Source: http://www.a7fr.com/default.aspx?tabid=52&articleType=ArticleView&articleId=44455

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MessageSujet: Re: Le messianisme juif et l’actualité   Lun 03 Déc 2007, 17:10

Merci beaucoup de nous faire partager de tels articles. "Manitou" était un grand Rav en effet, et j'apprécie ces analyses. Article très intéressant, mais assez long, je ne l'ai donc pas lu entièrement.
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MessageSujet: Re: Le messianisme juif et l’actualité   Lun 03 Déc 2007, 17:13

De rien cet article mérite notre attention et qu'on le digère pour mieut construire. C'est nos dirigents qu'ils soient politiques ou religieux qui devraient le lire. Repenche toi dessus quand même pour le lire en entier quaznd tu auras le temps.

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MessageSujet: Re: Le messianisme juif et l’actualité   Lun 03 Déc 2007, 17:31

Tu as exactement raison, ce sont surtout nos dirigeants politiques qui devraient le faire ! Sinon oui je compte bien lorsque j'aurai un moment le relire attentivement.
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MessageSujet: Re: Le messianisme juif et l’actualité   

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